Une présentation de Simone Hérault

Voici un article du Nouvel Observateur à propos de Simone Hérault, la »voix » de la SNCF.

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« Tam tam ta dam. Le TGV à destination de Marseille Saint-Charles va entrer en gare. » Nous sommes tous les jours des milliers à entendre ce joli timbre… sans jamais y mettre un visage. Depuis 1981, Simone Hérault est la voix de la SNCF. La seule et unique. Des demandes atypiques d’usagers, elle en a souvent. Un quotidien dont elle ne se lasse absolument pas.
Ma voix est mon outil de travail principal. Je la muscle, la protège en portant des écharpes neuf mois sur douze et je ne fume pas. J’en prends méticuleusement soin car sans elle, je ne serais pas la voix de la SNCF depuis 33 ans.

Ce travail m’a apporté une entière satisfaction : malgré des centaines de milliers d’enregistrements, je n’ai jamais ressenti la moindre lassitude.

Encore aujourd’hui, c’est avec un immense plaisir que je pose ma voix pour une annonce. J’ai l’impression d’accompagner les usagers dans leur vie, de faire partie de leur quotidien.

 

Au temps des cassettes audio

Quand j’étais jeune, je ne me suis jamais dit : « je serai  la voix de la SNCF ». Vous imaginez ? Ça m’est tombé dessus un peu par hasard.

Je suis comédienne de formation. En 1981, alors que j’étais animatrice sur FIP (Radio France), la SNCF a fait un casting pour trouver de nouvelles voix féminines. J’y ai participé. Nous avons été finalement deux à être sélectionnées.

Notre travail consistait à enregistrer des annonces dans leur globalité – plusieurs phrases d’affilé – et cela deux fois par an pour les horaires d’hiver et d’été. Quatre mois de travail intensif à enchaîner les annonces pour des gares dont je ne connaissais même pas l’existence.

C’était le temps des vieilles cassettes audio, des pistes uniques et des enregistrements sur bande. Et puis, au début des années 1990, l’ordinateur a fait son apparition.

 

Je suis sur la bonne fréquence

La SNCF a alors décidé de ne retenir qu’une seule voix : la mienne. Puisque le vocabulaire spécifique de chaque gare devait être « raccord » avec le vocabulaire commun. Et il ne fallait plus qu’une seule voix de référence.

Depuis ce bousculement technique, je n’enregistre plus d’annonces complètes. Je récite des groupes de mots, des destinations, des horaires, des numéros de train, etc. avec des intonations différentes qui sont par la suite mis bout à bout au montage (ce qu’on appelle la concaténation).

Il y a toujours de nouvelles choses à enregistrer. Aujourd’hui, je travaille environ trois fois par mois. Je suis rémunérée au cachet. Je perçois également des droits d’auteur chaque année pour la diffusion de mes annonces dans les gares, mais aussi au cinéma ou à la télévision.

 

J’inspire la bienveillance, pas la sensualité

D’un point de vue technique, j’ai, à ce qu’il paraît, un timbre de voix idéal car il est facilement audible dans un univers sonore comme celui d’une gare. Je suis, dirait-on, « sur une bonne fréquence ».

Au niveau ressenti, ma voix est déstressante, apaisante et a quelque chose d’assez maternel. Ce qui explique pourquoi je n’ai jamais eu de déclarations d’amour enflammées ou de demandes en mariage. J’inspire la confiance, la bienveillance, pas la sensualité du téléphone rose.

Avec le temps, ma voix est devenue légèrement plus grave, mais les cordes vocales s’apparentent à des muscles que j’utilise très fréquemment, les changements ne sont pas flagrants.

 

Je fais partie du décor d’une gare

Jamais je n’aurais cru que je serai toujours la voix de la SNCF au bout de 33 ans. Parfois, je me dis que c’est un peu comme si j’avais accompagné certaines personnes de leur enfance à l’âge adulte. Je fais partie du décor d’une gare. Je suis dans ses murs.

Lors de mes voyages, professionnels ou privés, je vais toujours dire bonjour aux agents qui travaillent en gare. Les gens me connaissent et sont heureux de me voir. Je suis aussi quelque part toujours avec eux.

Certes, je n’ai reçu aucun prix Nobel mais je sais que je suis la voix la plus entendue de France ! Quand mon petit-fils me téléphone pour me dire qu’il m’a entendue dans un téléfilm, ça me fait plaisir. Mon égo frétille.

Et pourtant, je reste totalement invisible. Personne ne me reconnaît dans la rue à moins d’avoir vu la veille un reportage sur moi à la télévision.

 

Selfies et autres demandes insolites

On me sollicite souvent pour enregistrer des annonces un peu spéciales, pour des pièces de théâtres ou pour le cinéma par exemple. Mais j’ai aussi des demandes très atypiques.

Il y a peu, un monsieur qui collectionne les annonces de gare m’a envoyé une lettre adorable dans laquelle il me demandait de lui retrouver une annonce qu’il avait perdue. C’était un message qui datait des années 1980 avec un ancien jingle de la SNCF ! Comme je n’avais plus la cassette, j’ai décidé de lui refaire intégralement. Il était aux anges.

En ce moment, il y a aussi un autre usager qui s’amuse à faire des selfies de lui avec un haut-parleur de gare en fond qu’il pointe du doigt. Il m’envoie ses petites réalisations. Je trouve ça très touchant.

Je fais aussi des annonces de mariage ou des petits messages personnels à l’attention des cheminots qui partent en retraite. Un geste que je trouve normal, car on fait tous partie de la même famille.

 

Je fais aussi des lectures de Queneau

Quand je m’entends, je ne trouve pas ma voix exceptionnelle. Elle est agréable c’est tout et j’aime travailler avec un instrument naturel que m’ont offert mes parents. J’adore profondément mon métier. En 33 ans, il n’a jamais cessé d’évoluer et je ne me suis jamais ennuyée.

En parallèle, j’ai créé la compagnie Lire autrement, grâce à laquelle je fais des lectures en public de divers auteurs. Les intonations et le phrasé ne sont pas les mêmes quand vous lisez du Queneau, du Baudelaire ou du Zola !

C’est un univers qui change du tout au tout, mais qui me permet de m’épanouir et de revenir sur ma formation initiale, celle de comédienne.

Le dessin des vacances

Train Corail à St-Raphaël

Train Corail à St-Raphaël

Voici une BB26000 qui tracte un train corail dans la commune de St-Raphaël (à partir d’une photo du magazine Le Train).

Le train est en provenance de Nice et à destination de Bordeaux.

J’ai ajouté au premier plan un « Mai » (mat en bois avec des drapeaux français pour célébrer les élections municipales) du Périgord où je passe mes vacances. Le Mai du Périgord est associé au message suivant : les trains de la SNCF se sont intégrés au paysage français et il n’y a aucune raison que d’autres entreprises arrivent en plus de la SNCF. Ça vaut mieux pour tout le monde.

Marin

 

J’ai visité l’usine Alstom d’Aytré

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Vendredi premier août je suis allé à l’usine Alstom d’Aytré (c’est dans la banlieue de La Rochelle). Cette usine emploie 1200 personnes. Elle fut construite par les USA en 1943 pour y faire assembler des locomotives pour leur armée. J’ai été invité par l’un des ingénieurs de l’usine qui m’a donc fait visiter 22 hectares remplis de voitures de TGV Euroduplex fabriquées à la demande de la SNCF.
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Ils fabriquent aussi des voitures de TGV Duplex pour l’ ONCF (chemin de fer marocain). Dans cette usine, on ne fabrique pas les rames de TGV complètes (motrices + voitures). Alstom a choisi d’y construire seulement les voitures. Ces dernières sont fabriquées de la manière suivante : les « murs » des wagons sont construits en aluminium, soit disant moins lourd que l’acier. Alstom commande à une autre entreprise de leur construire les parois des wagons. Les parois arrivent par camion à l’usine. Elles arrivent dans un atelier particulier : une machine inédite découpe au minimètre près des trous dans la paroi pour les fenêtres et les portes.
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Au même moment, deux autres ateliers construisent :
– les chassis
– les extrémités des voitures.
Ensuite, toutes ces pièces sont rassemblées dans un quatrième atelier où elles sont soudées ensemble avec en plus les sanitaires et les toits qui sont montés à proximité de cette atelier d’assemblage. On installe alors des petit bogies provisoires montés au même endroit que les futurs vrais bogies. Après cela, des petits locotracteurs se chargent de l’apporter sur le transbordeur jusqu’à l’atelier peinture où ils leur donnent la livrée SNCF ou pour d’autre voitures la livrée ONCF. Enfin, on les pose sur leurs vrais bogies. Les voitures sont assemblées pour donner une rame normale mais sans locomotive. La SNCF se charge de livrer les voitures vers l’usine de Belfort pour les assembler aux locomotives qui sont construites là-bas.
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L’usine construit aussi les tramways Citadis qui sont vendus dans le monde entier. En ce moment ils en construisent une série pour la RATP (ligne T8). Pour le tramway T8, c’est le même processus sauf que le T8 est construit élément par élément.

Je remercie beaucoup Florent qui m’a permis de réaliser ce rêve.
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PS : les photos et la caméra étaient interdites dans l’usine. Si vous avez des photos, vous pouvez les mettre en commentaires. Merci !